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Afrique : le nouvel eldorado des FinTech?

comprendre l'enjeu du secteur financier en Afrique

Le terme FinTech est utilisé pour décrire une nouvelle technologie qui cherche à améliorer et à automatiser la fourniture et l’utilisation des services financiers.


Contraction de finance et technologie, le terme « Fintech » serait apparu pour la première fois dans les années 80-90 dans la presse anglo-saxonne spécialisée mais se serait répandu après la crise financière de 2007 en dehors du monde de la finance pour décrire des entreprises innovantes utilisant les technologies du numérique pour fournir des services financiers de façon plus efficace et moins chère. Il s’agit généralement de startups, même si des acteurs historiques du paiement ou du logiciel bancaire se présentent parfois sous ce terme plus tendance.

Quelle est la place de la FinTech en Afrique – et pourquoi s’agit-il d’un enjeu stratégique pour le continent?


Quels sont les différents types de FinTech?

Le terme Fintech recouvre dans les faits une réalité complexe. On distingue généralement plusieurs catégories de Fintech (la liste étant non exhaustive et en perpétuelle évolution) :

  • la Fintech BtoC (business-to-consumer) qui s’adresse au grand public.
    Les services incluent par exemple les néobanques 100% digitales, sans agence, qui proposent un compte et une carte de paiement à bas coûts (Revolut, N26…), les cagnottes en ligne comme Leetchi ou LePotCommun, les applications de paiement (Lydia, Pumpkin…), la gestion des finances personnelles avec des robots-conseil qui utilisent des algorithmes pour automatiser les conseils en matière d’investissement afin d’en réduire le coût et d’en accroître l’accessibilité, ainsi que des outils de gestion de patrimoine
    On peut également y inclure des services non bancarisés/sous-bancarisés, qui cherchent à servir les personnes défavorisées ou à faible revenu qui sont ignorées ou mal desservies par les banques traditionnelles ou les sociétés de services financiers classiques, ainsi que les cryptomonnaies.
  • la Fintech BtoB (business-to-business) qui propose des services financiers aux entreprises, des PME aux grands comptes, par exemple le transfert de devises en ligne ou des services de smart contract.
  • la Fintech BtoBtoC (business-to-business-to-consumer), telles que les plateformes de financement participatif, qui mettent en relation des porteurs de projets et des investisseurs, particuliers ou professionnels : crowdfunding en dons avec ou sans récompenses (KissKissBankBank, Ulule), crowdlending (prêts aux PME, comme Lendix ou Lendosphère) et crowdequity (financement en capital, comme Sowefund)
  • les Insurtech, qui cherchent à utiliser la technologie pour simplifier et rationaliser le secteur de l’assurance : du comparateur, comme Fluo, à l’assurance collaborative comme Inspeer ou Otherwise, et l’assurance santé 100% digitale, comme Alan
  • les Regtech, qui proposent des solutions technologiques pour répondre aux contraintes réglementaires et de conformité des acteurs bancaires principalement notamment celles qui concernent la lutte contre le blanchiment d’argent et les protocoles de connaissance du client qui permettent de lutter contre la fraude.
    On peut y inclure des services de cybersécurité, compte tenu de la prolifération de la cybercriminalité et du stockage décentralisé des données, la cybersécurité et la technologie financière sont étroitement liées.

La place des FinTech africaines

L’Afrique abritait en 2019 près de 500 start-ups fintech qui contribuent à créer une nouvelle vision pour l’industrie des services financiers en Afrique

En Afrique, 80 % des habitants sont connectés à un réseau de téléphonie mobile, quand 20 % à peine disposent d’un compte bancaire. De fait, l’opportunité d’arriver à l’inclusion financière a boosté le secteur : parmi l’écosystème des start-up, la Fintech est le secteur qui attire le plus les investisseurs en Afrique. Il a représenté 39% des levées de fonds sur le continent en 2018.

L’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya restent les trois principaux marchés, avec respectivement 141, 101 et 78 entreprises actives. Cependant, la part du total cumulé de ces trois grands marchés diminue à mesure que de nouvelles entreprises apparaissent dans d’autres pays. Des développements importants se produisent sur d’autres marchés, avec des pays comme l’Ouganda, le Ghana et l’Égypte, qui voient leurs espaces locaux de technologie de pointe exploser.

Si les start-up dans les secteurs du paiement et des prêts restent les plus fréquents, la croissance se produit également dans les domaines de l’investtech et de l’insurtech, qui ont plus que doublé ces dernières années.

La place des startups Africaines dans le monde

D’après le « Global Fintech Index City Rankings 2020 », l’Afrique compte aujourd’hui quelques-uns des hubs de la fintech les plus dynamiques au monde. L’an dernier, 210 startup technologiques africaines ont levé 334,5 millions de dollars, selon son African Tech Startups Funding Report. Le Nigeria a été en 2018 en tête des investissements avec 58 start-up qui ont levé 94,9 millions de dollars, suivi par l’Afrique du Sud avec 40 entreprises qui ont levé 59,9 millions de dollars, et le Kenya en troisième position.

En terme d’usage, en 2018, l’Afrique subsaharienne était responsable de 45,6 % des activités d’argent mobile dans le monde, pour des transactions estimées à plus de 300 milliards de dollars.

Cependant, ces chiffres ne doivent pas masquer que les Fintech africaines ne représentent pour l’instant qu’environ 2% des 13 000 start-up de la finance recensées dans le monde.

Un potentiel de croissance important et un impact qui dépasse le secteur financier

Cette impulsion est très positive pour le continent africain pour l’inclusion bancaire. Mais cette dynamique rend également possible de nouveaux progrès dans d’autres secteurs d’activité.

Comment expliquer ce fort potentiel de croissance en Afrique?

Tout d’abord, quelles sont les raisons qui peuvent expliquer cette forte appétence pour le secteur Fintech en Afrique?

En premier lieu comme nous l’avons mentionné, les faibles taux de bancarisation – donc un marché conséquent mais également une opportunité d’entrée pour de nouveaux acteurs.

Ensuite, une forte pénétration du mobile et de l’Internet (avec 344 % de taux d’augmentation en équipements mobiles entre 2007 et 2016 et 58% de taux de développement du haut débit mobile entre 2015 et 2016). Lié à cela, une population urbaine jeune et technophile (le continent concentre la population la plus jeune au monde, avec une moyenne d’âge de 19 ans en 2019)

Egalement, une diaspora impactant le niveau de fonds rapatriés sur le continent (avec 65 milliards de dollars de fonds envoyés chaque année par la diaspora africaine dans le pays d’origine)

Enfin, les nombreux efforts des gouvernements africains pour soutenir l’émergence du secteur (options de financement adaptées aux besoins des Fintechs). Au delà des start-ups, les organismes bancaires et des opérateurs téléphonique font preuve d’un intérêt croissant pour le secteur et augmentent leurs financements.

L’exemple du Nigéria

Au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, près de 40 % de la population n’est pas bancarisée, et environ deux tiers ont moins de 25 ans. Des facteurs qui font du pays « une des plus grandes opportunités de la fintech dans la région », estime le Global Fintech Index. Des événements dédiés, comme le Nigeria Fintech Week, et une réglementation spécifique élaborée par la Banque centrale et la Nigeria Interbank Settlement System permettent aujourd’hui aux entrepreneurs du secteur de se lancer, aux côtés d’entreprises telles que Jumia, Snap Credit ou Paga.

Un impact qui dépasse le secteur financier

Les fintechs et les plateformes de crédit numériques engendrent des gains de productivité et d’efficacité, elles contribuent à une réduction des frais de transaction et permettent un transfert sécurisé d’argent – sans remplacer l’interaction personnelle avec l’emprunteur, la partie la plus importante du processus de crédit, qui permet de faibles taux de défaillance, des taux d’intérêt bas et de surmonter durablement la pauvreté.

Les FinTech facilitent une consommation à la carte “Pay-as-you-go” : par exemple, l’énergie solaire, l’eau et les outils productifs comme Oolu Solar, qui a vendu plus de 34 000 systèmes solaires domestiques à des clients ruraux à travers le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso, ou encore  PEG Africa qui dispose déjà de 450 000 utilisateurs dans des pays comme le Sénégal, le Ghana ou la Côte d’Ivoire. Ces solutions permettent aux habitants un accès facilité à l’énergie par exemple (avec M-Peso).

Les obstacles?

Les Fintech en Afrique font face à plusieurs challenges liés à la nature de leur marché.

Tout d’abord, l’Afrique n’est pas un pays : le continent demeure très fragmenté, avec de nombreux pays, donc de nombreuses spécificités réglementaires. La taille du marché est donc (à priori) très petite. Il est très difficile de construire une entreprise rwandaise qui soit applicable au Kenya, par exemple. Un espoir réside dans les accords et rapprochements économiques entre les pays africains.

Les difficultés de financement sont également une réalité de terrain, ainsi que le manque de talents disponibles pour les start-ups fintech africaines, la plupart des spécialistes du secteur des services financiers étant employées par de grandes institutions et ne voulant pas prendre le risque de rejoindre une start-up.

Des efforts restent également à fournir pour alléger les contraintes réglementaires en Afrique et permettre de consolider le développement des Fintech sur le continent.

Certains obstacles concernent en particuliers certains modèles de FinTech, notamment dans le secteur de la finance islamique. Elles se conforment  à la charia, excluant les produits basés sur un taux d’intérêt fixe et prédéterminé (Riba), l’incertitude ou la spéculation, tout comme les secteurs liés à l’alcool, au tabac, aux paris, etc. Il y a aujourd’hui une centaine de fintechs charia-compatibles dans le monde. 70% de ces sociétés opèrent dans la fourniture de services financiers

Sources : La Tribune, Investopedia, Forbes, Le Point Afrique, PwC Maroc, Disrupt Africa

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